Genève ville créative

Le blog de Sami Kanaan

  • Révolution numérique? Pas sans les enfants et les jeunes!

    Le nouveau rapport « Grandir à l’ère du numérique » de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse (CFEJ), publié cette semaine, se focalise sur les compétences dont les enfants et les jeunes ont besoin pour grandir, se former, travailler et participer à un monde numérisé.

    Le rapport s’articule autour de trois messages centraux. Le premier consiste à rappeler que nous avons à avancer ensemble avec les enfants et les jeunes, mais en aucun cas à leur place. Le second affirme, alors que valoriser l’apprentissage du code et autres, que les compétences sociales, personnelles et créatives sont aussi importantes que les compétences techniques. Voir plus. Le troisième instaure un objectif clair pour la numérisation. Celle-ci doit favoriser l’égalité des chances et ne pas renforcer les fractures et les frontières socioéconomiques, de genre ou socioculturelles.

    Aborder le débat de la numérisation avec les jeunes et les enfants

    Que doit-on apprendre pour avoir toutes ses chances dans le monde du travail de demain ? Quel métier choisir ? Quel est le rôle de l’école et le potentiel des activités extrascolaires ? Comment bien gérer la connexion permanente ? Pour répondre à ces questions, le rapport « Grandir à l’ère du numérique » réunit des analyses d’expert-e-s du monde économique, de la formation, de l’encouragement précoce et des activités extrascolaires. Il présente aussi différents projets du terrain qui donnent la parole aux enfants et aux jeunes et qui montrent comment aborder les défis de la numérisation avec eux. Car le débat sur la numérisation ne peut pas se faire sans eux. Les enfants et les jeunes doivent avoir leur mot à dire et contribuer à façonner le monde numérique

    Des outils pour que la numérisation soit favorable à la nouvelle génération

    Les enfants et les jeunes doivent disposer des outils et des connaissances pour appréhender la numérisation. Cela va du débat sur les smartphones à l’école à la stratégie « Suisse numérique » en passant par les règles relatives au temps consacré aux écrans à la maison et à la prévention de l’addiction ou du cyber-harcèlement. Avec ses recommandations, la CFEJ s’engage ainsi pour que la numérisation soit favorable aux enfants et aux jeunes.

    Valoriser la résolution de problèmes, l’empathie et la créativité

    Une analyse inédite des compétences recherchées par le monde du travail met en relief l’importance de la capacité à résoudre des problèmes et à communiquer, de la créativité ou encore de l’empathie. Pour acquérir ces aptitudes, l’école joue un rôle important, mais ne peut pas tout. Il convient d’exploiter le potentiel des activités extrascolaires et de l’encouragement précoce. Les recommandations de la CFEJ donnent des pistes pour mieux tenir compte de leurs besoins et perspectives.

    Sur mandat de la CFEJ, Sarah Genner, chercheuse en psychologie des médias et experte en numérisation du monde du travail, a analysé et pondéré 26 modèles et listes des compétences ou forces de caractère recherchées au 21e siècle. Les résultats sont présentés dans un modèle qui visualise les compétences les plus fréquemment citées : la communication, la créativité, l’autogestion, la capacité à résoudre des problèmes, l’empathie ou encore la pensée analytique y figurent en bonne place. Et un tableau offre une vue d’ensemble systématisée des compétences et valeurs recherchées. Sarah Genner constate que « Les travailleurs devront pouvoir faire ce dont les machines sont incapables, donc ce qui ne peut pas être numérisé: tout ce qui touche à la créativité, à la résolution de problèmes et aux compétences sociales ».

    L’école joue un rôle de premier ordre, mais les activités extrascolaires doivent être mieux reconnues

    La place plus importante accordée aux technologies de l’information et de la communication dans les plans d’étude est à saluer, mais l’école est face à l’enjeu d’instaurer une culture du numérique permettant d’utiliser les outils numériques de manière transversale. Ceci implique la formation et le perfectionnement du corps enseignant tout comme une infrastructure moderne préservant la santé et garantissant la protection des données.

    Caractérisées par la libre adhésion et la participation, les activités de jeunesse extrascolaires (animation socioculturelle, associations, espaces de quartier,  etc.) offrent un cadre propice au développement de compétences sociales, personnelles et médiatiques. Il est temps de reconnaître et de mieux exploiter ce potentiel en favorisant la formation et en octroyant les ressources nécessaires.

    Conclure en accordant une réelle place aux enfants et aux jeunes.

    Pour conclure, on peut se rendre compte lors des contacts avec les enfants et les jeunes qu’ils sont très conscients à la fois des opportunités et des défis du monde numérique, et qu’ils souhaitent être pleinement intégrés dans les débats et les décisions à ce sujet.

    Aujourd’hui, le débat sur le numérique au sein des instances fédérales se focalise principalement sur les aspects technologiques et économiques, et marginalement sur les aspects liés à la formation ou aux enjeux de société (éthique, transparence, démocratisation du numérique, etc.). Les aspects spécifiques pour les enfants et les jeunes sont très peu présents, voire pas du tout. Aussi bien sous l’angle de leur épanouissement que de leur place future dans la société, accorder une réelle priorité aux enfants et aux jeunes ne peut pas se résumer à en rester à un vœu pieux, c’est totalement légitime et donc incontournable.

    > télécharger le rapport “Grandir à l’ère du numérique” en PDF

    > télécharger les thèses de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse concernant l’impact de la numérisation sur les enfants et les jeunes

  • Du droit au changement de vie (professionnelle)

    Il y a un peu plus d’une année, j’initiais au sein du Parti socialiste genevois un groupe de travail ouvert et foisonnant d’idées, pour réfléchir aux enjeux que pose la numérisation sur l’emploi, et notamment l’enjeu de la reconversion (souhaitée ou contrainte) des personnes dont l’emploi, voire le métier, ne correspondent plus à la réalité du marché du travail et/ou à leurs aspirations personnelles.

    Nourri de discussions passionnées, ce groupe – que ce blog me donne l’occasion de remercier chaleureusement–, a ainsi exploré plusieurs pistes en parallèle pour trouver des réponses adéquates face à ce défi urgent. Ce dernier ne subit pas seulement les effets de plus en plus massifs et rapides de la numérisation, mais plus largement de la globalisation et de la précarisation des conditions de travail (« uberisation »), de la financiarisation de larges pans de l’économie, et de l’instabilité croissante des grandes structures économiques.

    Près de la moitié des emplois actuels menacés

    En ce qui concerne la numérisation, certaines études prévoient la disparition de près de la moitié des emplois actuels en raison de la transformation des métiers et des processus de production et de diffusion. Si ces enjeux ne peuvent être entièrement maîtrisés sur le plan local, il est toutefois essentiel et urgent d’agir sur les leviers dont nous disposons et de faire évoluer le débat. D’une grande initiative programmatique qui aurait eu l’ambition de repenser entièrement le dispositif actuel encadrant l’emploi et la formation, à des projets très ciblés pour les personnes sans formation initiale, en passant par un compte « épargne-formation » à vie ou un contrat garanti de formation.

    Accompagner la diversité des trajectoires de vie

    La démarche s’est concentrée dans un premier temps sur la reconversion professionnelle et a abouti très concrètement au dépôt de trois projets de loi, dont un en particulier est issu du groupe. Il vise à modifier de manière pragmatique le dispositif existant des bourses et prêts d’étude (« Loi sur les Prêts et Bourses d’études » – LBPE), afin de pouvoir obtenir des effets utiles et concrets à brève échéance, s’il était adopté. Celui-ci fonctionne en effet de manière éprouvée depuis de nombreuses années, pour les trajectoires de vie « standards », durant lesquelles on entreprenait des études au début de sa vie adulte pour ensuite commencer un métier et s’y développer jusqu’à la retraite.

    Pourtant, comme le souligne d’ailleurs la Cour des comptes qui a audité le dispositif, les trajectoires de vie sont de moins en moins « standard ». Les aléas divers, familiaux, professionnels ou personnels divers rendent ces trajectoires rectilignes de moins en moins habituelles. Et au-delà, les enjeux de la 4ème Révolution industrielle – numérique -, nous obligent à repenser la formation initiale, la formation continue et la reconversion professionnelle.

    Offrir la possibilité de changer de voie professionnelle

    On doit bien sûr penser à la manière dont sont imposés les profits, et je pense en particulier à la taxe sur les robots évoquée notamment par M. Xavier Oberson, mais aussi le projet de loi socialiste qui visait à taxer spécifiquement les caisses automatiques remplaçant l’humain dans nos supermarchés. Mais on doit aussi et peut-être surtout, donner la possibilité à chacun et chacune de se (re)former professionnellement. La possibilité de changer de voie et de s’épanouir dans une nouvelle profession.

    Le premier projet de loi déposé va dans ce sens et modifie de manière ciblée la LBPE pour l’ouvrir aux personnes de plus de 30 ans, dans les cas justifiés par la conjoncture professionnelle en particulier. Il est pour moi important de pouvoir ainsi se former, entreprendre de nouvelles études, sans attendre d’être au chômage, et ainsi devancer les aléas de la vie.

    Continuer une réflexion large sur l’emploi et la formation

    Ce projet est accompagné de deux autres qui entendent instaurer une allocation cantonale de formation, destinée cette fois aux personnes au chômage. Car là aussi, l’obligation d’être « employable » en tout temps pose de sérieux problèmes à celles et ceux qui n’ont pas les compétences requises, par exemple.

    Au-delà des trois projets de loi déposés et renvoyés jeudi en commission du Grand conseil pour traitement, j’aimerais que le groupe à la base de ceux-ci puisse continuer à vivre sa vie, faire d’autres propositions, s’assurer qu’elles ne s’enlisent pas au fin fond d’une commission, mais se matérialisent en actes concrets, pour la population genevoise !

  • 2019 sera égalitaire ou ne sera pas

    Longtemps considéré comme une zone de non-droit, l’espace numérique est aujourd’hui, sans équivoque, un espace social comme un autre, régit par des lois nationales et internationales. Un espace social comme un autre, au sein duquel s’exprime les mêmes considérations que dans la vie AFK (« away from keyboard »).

    Dès lors, comment pourrions accepter dans l’espace numérique ce que nous condamnons dans l’espace public ou dans la sphère privée ? Comment pourrions-nous accepter, en tant que collectivité publique attentive à la place de chacune et chacun, dans l’espace virtuel une domination machiste et rétrograde ? A titre d’exemple, le récent scandale de la ligue du LOL rappelle à notre mauvais souvenir ce qui peut se produire, en l’absence d’une sensibilisation adéquate sur ces questions, même dans des milieux que l’on pourrait considérer comme raisonnables et respectueux.

    La Ville de Genève s’empare de l’enjeu

    Pour autant, il ne s’agit pas là d’une mince affaire. J’estime que le rôle d’une collectivité publique de proximité comme celle de la Ville de Genève est de porter des réflexions concernant ces questions sur la place publique et de contribuer à ce que les habitant-e-s de la municipalité puissent évoluer en toute confiance dans cet espace, en combinat sensibilisation et prévention.

    Cet enjeu de société, c’est justement l’objet de la Semaine de l’égalité qui a débuté vendredi 1er mars. Cette semaine est organisée depuis plusieurs années conjointement entre le Service Agenda 21 au Département des finances et du logement de la  Ville de Genève, sous l’égide de ma collègue Sandrine Salerno, et des Bibliothèques municipales dans le Département de la culture et du sport que je dirige. Chaque édition aborde une question particulière touchant à la thématique de l’égalité entre femmes et hommes, complétée par une bibliographie très complète. Je vous invite à consulter le programme de l’édition 2019 qui met en valeur, notamment, le précieux travail de nos bibliothécaires.

    L’égalité tous les jours

    Il est vrai que les journées mondiales font foison dans le calendrier et il ne s’agit pas de nous réveiller une fois l’an pour nous donner bonne conscience. En ce sens, je me félicite que le Conseil municipal de la Ville de Genève ait voté tout récemment le crédit de 193’000 francs voulu par ma collègue Sandrine Salerno pour déployer la première tranche du plan d’action contre le sexisme et le harcèlement de rue. Il est nécessaire d’avoir les moyens de lutter contre les discriminations et de sensibiliser à l’égalité sur le long cours. Comme la Vice-présidente du Conseil administratif l’a rappelé en plénière « il s’agit d’un enjeu sociétal fondamental pour les Genevoises et les Genevois». Un message collectif fort à quelques jours du 8 mars. Par ailleurs, la Ville sera certainement aux premières loges pour appuyer la Grève des femmes prévue le 14 juin 2019, pour rappeler que depuis la première grève des femmes le 14 juin 1991 la nécessité d’un engagement fort et partagé contre les inégalités et les discriminations reste entière.

    Inscrire la culture et le sport comme vecteurs de diversité et d’inclusion

    Dans les dossiers que je porte en tant que magistrat en charge de la culture et du sport de la Ville de Genève, je me suis toujours fait un point d’honneur de développer des politiques inclusives et durables. Dès 2014 j’ai engagé avec mon département une réflexion sur les stéréotypes et discrimination de genre dans le domaine du sport et des loisirs sportifs. Puis, ensemble avec mes collègues Esther Alder et Sandrine Salerno, nous avons initié programme Genre et Sport, dans le cadre duquel nous avons conduit une enquête sur les pratiques sportives des femmes à Genève. En sont ressorties 10 recommandations et 5 axes d’actions prioritaires.

    Dans le domaine culturel, j’ai tenu à ce que nous saisissions le renouvellement des conventions pour préciser ce que nous attentions en tant que collectivité publique des projets artistiques que nous soutenons. Aujourd’hui, toute personne, association, organisation conventionnée se doit d’être « attentive à une représentation équilibrée des femmes et des hommes dans la programmation ».

    Afin de prolonger cette volonté, un partenariat est également en cours avec l’Agenda 21 et deux associations pour établir un état des lieux de cette question au sein des théâtres subventionnés dans le périmètre du Canton de Genève et produire des recommandations.

    2019 : année des égalités !

    L’année 2019 sera une année chargée pour les questions d’égalité. Au mois de juin, c’est donc  la grève des femmes qui aura lieu.  Cet été, Genève accueillera également la Pride romande en prélude au mariage pour tous qui pourrait être voté aux chambres début 2020. Deux occasions de réitérer notre engagement pour un monde plus juste, et qui ne laisse personne sur le bord du chemin à cause de son sexe ou de son genre.

    L’inclusion ne devrait plus être sujette à débat. Si en politique, il y a des thématiques qui se discutent quant aux externalités positives ou négatives qu’elles provoquent, la question de l’égalité devrait pour sa part fédérer l’entier des partis et être un des ciments de notre démocratie. 2019 sera égalitaire ou ne sera pas.

  • Genève porte l’idéal commun des droits humains

    Il y a 70 ans, la Déclaration universelle des droits de l’homme était acceptée par l’Assemblée générale des Nations unies. Une déclaration que nous devons plus que jamais rappeler, alors que les populismes et le relativisme semblent s’imposer avec l’avènement de la « post-vérité ». 70 ans après la reconnaissance de cette déclaration, je souhaite également rappeler l’importance pour Genève, de son engagement réciproque vis-à-vis de la Genève internationale et des droits humains.

    [youtube https://www.youtube.com/watch?v=BERR-o8QEeQ?feature=youtu]

    Ce 10 décembre, nous célébrons les 70 ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme, dont une grande partie de la préparation a été menée par Eleanor Roosevelt dans notre ville.Notre cité a par la suite accueilli la Commission des droits de l’homme  de 1946 à 2006 puis, dès cette date, le Conseil des droits de l’homme.

    Genève, terre de rencontre et d’échanges
    Et il ne s’agit ici que des agences onusiennes actives directement sur ces questions. Or les droits humains dépendent de bon nombre d’autres champs du politique comme la santé, l’environnement ou encore l’éducation. Autant de sujets pour lesquels les arbitrages se font également à Genève. Sans oublier l’inestimables travail des ONG qui œuvrent elles aussi pour le respect des droits inaliénables de tous et toutes et qui pilotent leurs opérations depuis le bout du Léman.
    Mais, et il est utile de le rappeler, si Genève cultive une longue et fructueuse tradition d’accueil d’organisations internationales, la concurrence des villes au statut international est aujourd’hui bien réelle. Nairobi, Vienne, Cologne, Copenhague – pour ne cite qu’elles – sont prêtes à accueillir et accueillent déjà, bon nombre d’organisations émanant ou gravitant autour des Nations unies.

    Faire exister Genève
    C’est pour défendre l’histoire et la position de  notre ville sur le plan internatioanle et parce que je crois fermement à l’idéal de la discussion multilatérale plutôt que de la force, que je me suis fixé comme objectif de soutenir la place de Genève au niveau international. Cela passe par les conditions d’accueil des organisations internationales et ONG, mais aussi par un positionnement cohérent dans le tissu des réseaux de villes. Je le crois fermement, le rôle des villes est d’une importance cruciale. Les municipalités représente la structure institutionnelle la plus près des administré-e-s, la plus près des préoccupations des habitantes et des habitants des territoires. J’avais rappelé au début de ma mairie la citation du politologue Benjamin Barber : «Si les maires gouvernaient le monde, le monde irait mieux ». Elle rappelle le fait que les ville ont un lien concret avec les problématiques quotidiennes de la population, mais aussi une forme de pragmatisme «de terrain» souvent plus efficace pour trouver des solutions concrètes que ce que peuvent faire les états-nations. Or, si positionner Genève sur la scène internationale lorsqu’il s’agit de droits humains est un acte nécessaire, il doit cependant être complété par leur promotion au sein même de notre cité.

    Des actions concrètes pour se démarquer
    Une des actions proposées a été l’organisation par mes services du premier Relais de l’Escalade. Proposé durant la Course de l’Escalade, ce Relais a rassemblé plus d’une centaine de participant-e-s de tous horizons qui ont choisi de courir pour cet idéal commun, celui des droits humains. Faire exister la Genève internationale dans l’événement sportif le plus populaire dans le calendrier n’était pas forcément évident. Mais je crois pouvoir dire que l’opération a été réussie.

    Genève, refuge des droits humains
    Une des forces que nous avons également pour nous affirmer comme ville internationale est celle de l’accueil. Car la Ville de Genève a formalisé une politique de la diversité ambitieuse qui considère chacun et chacune avec ses identités, ses origines et ses préférences. Nous avons également œuvré pour que les requérants mineurs non-accompagnés puissent bénéficier d’un accompagnement adéquat. Le sport et la culture y ont participé car ils représentent des opportunités fantastiques pour s’intégrer et mieux se comprendre.

    C’est pour toutes ces raisons que j’ai proposé au Conseil municipal de marquer symboliquement ces célébrations. Lors de sa séance du 4 décembre, le délibératif a voté, à l’unanimité, un texte qui réaffirme symboliquement notre engagement pour les valeurs défendues par la déclaration. Le 5 décembre, nous avons accueilli Mme Michelle Bachelet, Haut-Commissaire aux droits de l’Homme. Un événement quasi historique puisque, de mémoire, aucun ex-chef d’Etat n’a été reçu lors dune plénière de notre Conseil municipal. Ce moment, très chargé en émotion, a été l’occasion de souhaiter très sincèrement la bienvenue à l’ancienne présidente du Chili – et première présidente d’Amérique du Sud élue au suffrage universel. Une femme au parcours extraordinaire qui sait mieux que personne ce que signifient les droits humains, pour avoir vécu très concrètement leurs violations en tant que détenue politique pendant la dictature militaire d’Augusto Pinochet.

    Ce moment symbolique nous a permis de dire à la Genève internationale que notre Ville apportera toujours son soutien à toutes les actions qui pourront contribuer à réveiller les consciences afin de parvenir enfin à une société plus respectueuse des droits et des libertés de chacune et de chacun. C’est un des axes de mon action au service de Genève. Faire exister nos atouts sur la scène internationales afin qu’ils puissent servir un monde que nous souhaitons meilleur.

  • La CFEJ a 40 ans !

    Discours à l’occasion des 40 ans de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse (CFEJ), le 29 novembre 2018, à Berne

    (seul le prononcé fait foi)


     

    Monsieur le Président de la Confédération, Mesdames et Messieurs les élus fédéraux et locaux, Monsieur le Directeur de l’Office fédéral des assurances sociales, les représentants des administrations fédérales, cantonales et communales, des grandes associations faîtières et autres représentants associatifs,

    Chères et chers amis, liebe Freundinnen und Freunde, cari amiche e amici

     

    Tout d’abord, sincèrement, en mon nom et celui des membres de la Commission, un très grand merci, du fond du cœur, d’être avec nous aujourd’hui, nombreuses et nombreux, d’horizons les plus divers, avec en commun un engagement décidé en faveur des enfants et des jeunes de ce pays.

    40 ans, ça se fête, et ça se fête avec les amis et les proches ! C’est aussi une excellente occasion de porter un regard rétrospectif, de lever le nez du guidon de l’actualité immédiate, de prendre conscience du chemin parcouru, ses embûches, ses succès, mais aussi d’envisager l’avenir.

    La CFEJ a pour mission légale de s’engager en faveur des enfants et des jeunes de ce pays, par le biais d’un travail de réflexion, d’analyse, de dialogue et de positionnement. La Suisse, pays démocratique, moderne et riche, a-t-elle encore besoin de la CFEJ après 40 ans d’action ? Lorsque je mentionnais le fait d’un regard rétrospectif, pour mesurer le chemin parcouru, je peux citer ma propre expérience. En 1981, à l’époque où la CFEJ était encore la Commission fédérale pour la jeunesse, elle a publié des thèses sur la jeunesse, en lien avec le mouvement de rébellion d’une partie de la jeunesse, dans les villes suisses, comme Züri brännt ou Lôzane bouge. En son temps, la Suisse officielle, la Suisse bourgeoise, la Suisse des adultes, a pris peur, et la réponse institutionnelle fut tout d’abord très dure, axée sur la répression. La CFJ, déjà sous la houlette d’un genevois, Guy-Olivier Segond, a décidé de publier des thèses qui appelaient, au contraire, aux notions de dialogue, d’écoute, de participation, des notions qui restent au cœur du mandat et de la philosophie de la CFEJ aujourd’hui, et le resteront toujours. En tant qu’élève au gymnase, peu avant mes examens de maturité, j’ai eu la tâche passionnante et difficile d’organiser , avec d’autres élèves de mon école, un travail d’analyse, puis de débat public, autour de ces thèses et des antithèses publiées par la célèbre professeure de philosophie Jeanne Hersch, elle aussi une genevoise, qui plaidait pour une réaction très conservatrice, basée sur autorité et discipline. Vous imaginez dans quel sens a penché mon cœur et ma raison, ainsi que ceux des autres membres du groupe. Mais ce travail fut hautement formateur et a probablement constitué un des actes fondateurs de ma prise de conscience politique au sens large, et de mon engagement ultérieur.

    Dans cet engagement, encore aujourd’hui, la notion de participation joue un rôle absolument essentiel. Et si je devais résumer, à travers toutes ces années, le fil rouge de la réflexion et de l’action de la CFEJ, c’est bien la participation des enfants et des jeunes aux débats qui les concernent, voire aux débats qui concernent la société toute entière dont ils et elles font partie. Considérer l’enfant comme un acteur de sa situation, de son évolution, de son destin, individuel et collectif, représentait à l’époque une révolution … et le représente encore aujourd’hui, tellement ce n’est pas évident. On continue à sous-estimer à quel point l’enfant peut et doit être reconnu comme co-expert de sa situation d’aujourd’hui, et pas seulement sur un plan abstrait pour un futur lointain ; c’est d’ailleurs ancré dans l’article 12 de la Convention internationale sur les droits de l’enfant, que la Suisse a ratifié. Cette notion de participation revêt plus que jamais comme une dimension fondamentale de notre société, alors que justement les repères classiques semblent être remis en question ou dilués. Elle est d’ailleurs clairement ressortie dans l’étude très complète que la CFEJ a publiée en 2015, « Ma Suisse et moi » sur les opinions et perceptions des jeunes de 17 ans, donc ceux et celles qui ont pu donc voter pour la première fois aux élections fédérales cette année-là.

    Entre-temps, reconnaissons-le, la politique de l’enfance et de la jeunesse a fortement évolué dans ce pays, et a acquis un véritable statut dans la sphère publique, avec des politiques publiques affirmées dans les villes, les cantons, et sur le plan fédéral. Si l’on considère le chemin parcouru jusqu’à l’actuelle Loi sur l’encouragement de l’enfance et la jeunesse (LEEJ), qui fonde à la fois le soutien aux organisations dédiées à l’enfance et la jeunesse dans le pays mais aussi le soutien fédéral à la mise en place de politiques cantonales de la jeunesse, formalisées et concrétisées, et bien sûr le mandat de l’actuelle CFEJ, on se dit que, oui, un travail important a été accompli, avec de réels résultats. Je ne ferai pas ici la liste de tous les dossiers que la CFEJ a traité tout au long de ces années, nombreux, passionnants, parfois difficiles, depuis les enjeux de consommation et d’endettement, jusqu’au droit d’être entendu, en passant par le service civil, la sexualité ou la gestion du temps libre. On peut d’ailleurs relever que les crédits que permet la LEEJ sont de plus en plus sollicités, d’où la nécessité de maintenir les ressources disponibles !

    Mais, en même temps, on se rend aussi compte à quel point ces acquis sont fragiles et peuvent être remis en question, au gré des difficultés budgétaire par exemple, ou du durcissement incontestable du climat politique et économique. Ainsi, pour parler jeunesse, le taux de tentatives de suicide et de suicides effectifs est malheureusement remonté en Suisse, après des années de baisse. Il y a très peu d’études approfondies à ce sujet, hors statistiques de base. On peut citer le cas du Canton de Neuchâtel, où le taux de tentatives de suicide est passé de 5.9% en 2010 à 11.2% en 2015, ce qui est terrible. Cela reste la première cause de mortalité chez les jeunes, adolescents ou jeunes adultes, et c’est un réel enjeu de société. Et on sait aussi que les phénomènes concrets de stress ont nettement augmenté chez les enfants et les jeunes. Que dire face à une réalité où un tiers des enfants de onze ans sont en situation de stress sérieux et durable, selon des chiffres donnés par Pro Juventute ? Ces résultats sont non seulement inquiétants, mais tout simplement inacceptables. Comme le disait Albert Einstein, « Le mot progrès n’aura aucun sens tant qu’il y aura des enfants malheureux ».

    On peut aussi se sentir découragés lorsque, une fois de plus, le lobby très puissant de l’industrie du tabac fait échouer une réforme pourtant timide de la législation en la matière, visant simplement à restreindre la publicité directe et indirecte pour le tabac, en particulier lorsqu’elles visent les enfants et les jeunes.

    C’est un fait que les enfants et les jeunes sont encore aujourd’hui les grands absents de la plupart des politiques publiques, lorsque les « experts » et les « politiques » pensent qu’ils ne sont pas directement concernés, par exemple en matière de santé publique, d’aménagement de l’espace public, d’aide sociale, etc. Et pourtant ce sont souvent les premières victimes. Lorsqu’on mesure la pauvreté en Suisse, malheureusement croissante malgré notre richesse, les enfants en sont les victimes directes et pourtant on ne les écoute pas. Après des années de baisse, le nombre d’enfants directement touchés par la pauvreté remonte, 763’000 en 2014 d’après l’OFS. Un enfant sur 5 vit dans la pauvreté en Suisse et 1 sur 6 est exposé à un risque de pauvreté !

    Il y a bien sûr des mécanismes de type « Parlement des jeunes », très utiles, et certains outils de consultation des enfants, qui sont bienvenus. Mais cela ne suffit pas, surtout lorsqu’il s’agit d’influencer réellement les instances politiques. Il suffit pour ceci de constater la moyenne d’âge des parlementaires fédéraux, voire du Conseil fédéral ! Je relève d’ailleurs que notre Président actuel est de loin le plus jeune membre du Conseil fédéral, ouf !

    Parmi les domaines où ce sont les enfants qui peuvent apprendre quelque chose aux adultes, et pas l’inverse, c’est le monde numérique, au vu de son évolution extrêmement rapide et exponentielle. Bien évidemment, un enfant n’est pas forcément en mesure d’appréhender toutes les facettes complexes des enjeux du numérique, en termes de sécurité, d’éthique, de transparence, d’abus, etc. Mais combien d’adultes se sentent largués face à leurs enfants lorsqu’il s’agit de smartphones, de tablettes, d’applications, de réseaux sociaux, de jeux on-line, etc. Ou encore pire, lorsqu’il s’agit de répondre aux préoccupations des enfants sur leur avenir, sur le choix de la bonne filière de formation, face aux études qui prédisent une automatisation de nombreux métiers et des emplois à un horizon proche ? Je cite ici un résultat de l’étude Juvenir 2018 de la Jacobs Foundation, très active dans le domaine de l’enfance et de la jeunesse : 44% des jeunes se disent inquiets pour leur avenir professionnel.

    La CFEJ a décidé de faire de la numérisation le thème principal de législature fédérale actuelle. Quels impacts de cette évolution pour le temps libre, la formation et l’emploi ? Nous ne nous sommes pas facilités la vie, en choisissant ce sujet passionnant mais très difficile à cerner et appréhender, surtout si nous voulons aboutir à des recommandations ayant une certaine portée.

    En effet, l’analyse de cette évolution donne des résultats divergents sur de nombreux points mais qui convergent sur un point essentiel : nous sommes à la veille d’une révolution profonde et totale de notre société, qui impactera fortement et durablement tous ses aspects, dont aussi la formation et l’emploi, mais aussi l’organisation sociétale, le fonctionnement des institutions, les assurances sociales, les flux économiques. Certaines études parlent de plus de la moitié des emplois qui vont être automatisés, d’autres de seulement 10 à 15%, et d’autres encore divergent sur le nombre de nouveaux emplois créés. Mais personne n’ose prétendre qu’il n’y aura pas d’impact. La numérisation offre des opportunités et présente des risques ; le défi est de réussir à les appréhender et les maîtriser, alors que cela évolue vite, beaucoup plus vite que ce que notre système institutionnel, politique, social, est capable de digérer. Comme le dit le penseur bien connu, Bernard Stiegler, spécialiste des mutations numériques et de leur impact sociétal, « Ce n’est pas la technique qui est toxique en soi, c’est notre incapacité à la socialiser correctement. »

    La CFEJ ne prétend pas offrir des réponses toutes faites face aux défis majeurs que ose cette évolution mais tient à une exprimer une très vive inquiétude face à l’impréparation de tout notre système dans ce débat. Nous constatons un certain aveuglement face à l’ampleur de ce défi et surtout l’absence presque compète de prise en compte des enfants et des jeunes, non pas comme sujets abstraits d’un avenir plus ou moins prévisible et maîtrisable, mais comme acteurs reconnus de ce débat, qui peuvent avoir un avis, une expérience, une sensibilité, alors qu’ils sont aux premières loges. Un des grands pièges récurrents de la politique face aux enfants et aux jeunes est de les voir uniquement sous l’angle de leur futur rôle productif dans la société, une fois qu’ils sont adultes. Or ils ont droit non seulement à une vie pleinement épanouie d’enfant et de jeune mais, en plus, les principes qui guident cette approche « productiviste » sont ceux de hier, même pas d’aujourd’hui.

    Il serait bien trop long de vous présenter en détails le riche travail de la CFEJ sur ce thème essentiel ; je vous invite à visiter notre site web et à découvrir le rapport qui sera publié en février, puis à participer à la conférence qui aura lieu courant 2019.

    Au-delà cet anniversaire aujourd’hui, qui permet de réaffirmer des valeurs, des besoins et des convictions, nous aurons toutes et tous une très belle opportunité d’aller encore plus loin dans la promotion des droits de l’enfance en Suisse l’année prochaine, avec les 30 ans de la Convention des droits de l’enfant des Nations Unies, signée en 1989. La tâche à mener est immense, lorsqu’on constate qu’il y a 50 millions d’enfants qui travaillent dans le monde, et qu’il y a au moins 150’000 enfants-soldats. Même la Suisse, souvent enfant modèle du droit international, ne la met pas encore pleinement en application ! Il y a donc encore beaucoup à faire, et la CFEJ peut donc se préparer à quelques autres années d’engagement intensif !

    Pour terminer j’aimerais insister sur ce qui fait la force de la Commission. Ce serait évidemment une erreur de considérer les enfants et les jeunes comme un groupe homogène, aux intérêts et besoins complètement convergents. La diversité n’est pas seulement une réalité mais aussi un droit légitime. On ne demande pas non plus aux adultes d’être homogènes ! Et la CFEJ représente bien cette grande pluralité de profils et d’opinions, de par la composition très diversifiée de ses 20 membres, en termes de parcours professionnels, politiques, associatifs, et personnels, originaires des 4 coins de la Suisse, et même d’ailleurs. Le Président qui vous parle en est un bon exemple, en tant que genevois demi-alémanique et demi-libanais. Cette pluralité en représente l’un des éléments constitutifs, et certainement un atout majeur, combiné à un engagement très fort des membres au service de cette cause. C’est ainsi que la Commission a pu marquer son existence et sa crédibilité, en apportant des contributions à la fois indépendantes, réfléchies, pertinentes, offensives, depuis 40 ans ! Je tiens donc à remercier sincèrement ses membres passés  et actuels, avec en particulier mes prédécesseurs présents dans la salle, et nombre de nos vice-présidentes et vice-présidents, mais aussi exprimer une pensée émue en souvenir de l’un de ses membres les plus éminents qui a choisi de partir en mai 2017, Olivier Guéniat de Neuchâtel. Et, enfin, dire que tout ceci ne serait pas possible sans la très précieuse et efficace contribution de notre secrétariat scientifique, Marion et Claudia, à qui nous devons beaucoup, y compris l’organisation de cette journée !

    Pour conclure, une citation de la romancière Lya Luft, qui a dit « “L’enfance est le sol sur lequel nous marcherons toute notre vie”.

    Je suis très fier de travailler pour cette institution qu’est la CFEJ, qui, depuis 40 ans, œuvre pour défendre, construire et renforcer ce sol. Je formule également l’espoir, à un moment de l’histoire humaine où le sol semble parfois se craqueler sous nos pieds, que la CFEJ sache conserver son pouvoir d’action et continuer ses indispensables missions.

    Joyeux anniversaire à la Commission et longue vie à elle !

Sami Kanaan est Maire de Genève 2014-2015, 2018-2019 et 2020-2021, Conseiller administratif en charge du Département de la culture et du sport, puis de la culture et du numérique, Président de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse, Vice-président de l’Union des villes suisses et Président de l’Union des villes genevoises.

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