Genève ville créative

Le blog de Sami Kanaan

  • ONET : solution fragile mais nécessaire

    Le Conseil municipal a approuvé ce mercredi 17 avril  la proposition que j’ai faite au nom du Conseil administratif, afin de répondre à la précarité dans laquelle se trouvaient les employé-e-s de l’entreprise ONET, mandatée par la Ville pour assurer le nettoyage de toilettes publiques.

    Alerté mi-février par les syndicats, le Conseil administratif se trouvait face à une solution relativement insoluble : l’entreprise ONET, mandatée notamment pour le nettoyage des toilettes publiques, respectait les conventions collectives en vigueur dans le domaine sur le plan des salaires horaires, mais employait ses nettoyeurs et nettoyeuses à temps partiel, avec comme conséquence des salaires nets très bas qui les maintenaient dans la précarité.

    Des limites de la liberté économique

    A la question des salaires s’ajoutait un certain nombre d’autres reproches des grévistes à l’encontre de l’entreprise. Cette situation était particulièrement complexe car l’entreprise concrétise la prestation contractuelle de manière adéquate et paie les salaires requis par la Convention collective de travail de la branche. Malheureusement, les règles d’attribution des marchés publics offrent très peu de marge de manœuvre par rapport au choix des entreprises, notamment pour favoriser des salaires plus adaptés à la pénibilité de la tâche et à la réalité des coûts de la vie à Genève.

    Ma collègue Sandrine Salerno avait d’ailleurs mené une bataille épique il y a quelques années pour obtenir des salaires minimaux dans la branche, au moins pour les entreprises mandatées par la Ville. Mais cette position politiquement courageuse et éthiquement totalement justifiée a été malheureusement annulée par le Tribunal fédéral au nom de la liberté économique.

    Rétablir le dialogue et proposer une solution concrète

    Face à ce conflit social douloureux, j’ai donc entrepris au nom du Conseil administratif des démarches afin de rétablir dans un premier temps le dialogue entre les parties, ce qui a permis d’initier une négociation et poser les bases d’un accord.

    J’ai proposé au Conseil municipal le vote d’un budget complémentaire destiné à augmenter le temps travaillé, afin d’étoffer la prestation par le biais d’un complément au contrat en vigueur. Cette proposition a facilité la conclusion d’un accord de sortie de crise entre les grévistes et l’entreprise. Ce crédit a été accepté à une large majorité du parlement municipal, que je remercie. Cette solution, mise sur pied rapidement, a ainsi permis de mettre fin à un conflit social et de contribuer à améliorer très concrètement la situation de salariés précaires.

    Lutter pour de meilleures conditions pour tous les travailleurs et travailleuses

    Mais c’est évident que ce n’est pas une solution idéale. Malgré les fortes contraintes déjà citées dans le domaine des marchés publics, nous devons plus que jamais évaluer nos possibilités d’influencer la situation sur le marché du travail, notamment dans des domaines notoirement précaires comme le nettoyage. La Ville s’est montrée à plusieurs reprises pionnière dans ce domaine, par exemple en matière de surveillance des chantiers de construction ou d’autres prestations accomplies par des entreprises privées pour éviter le dumping salarial, le travail au noir ou d’autres abus. La Ville a mis en place un fonds solidaire avec les partenaires sociaux afin de lutter contre la sous-traitance abusive et d’autres abus. Quant au débat sur  l’internalisation, il est important et doit avoir lieu. Mais ce n’est pas non plus une panacée. Il ne fait aucun sens de vouloir internaliser systématiquement dans la fonction publique toute personne employée par un tiers et qui serait mal payée, jusqu’à où aller dans ce cas ? Ceci n’apporterait rien aux autres travailleuses et travailleurs du secteur privé qui seraient en situation difficile, et leur nombre est malheureusement élevé.  Mon engagement politique n’est pas seulement de préserver un service public fort et doté d’un statut digne de ce nom, mais aussi d’améliorer les conditions de travail pour tou-te-s les salarié-e-s et donc en particulier aussi pour ceux des secteurs privés.

    Un travail certainement moins aisé et moins fructueux politiquement, mais qui doit continuer à être mené, aux côtés de partenaires syndicaux et associatifs, au niveau local comme international, afin de s’opposer au dumping salarial, à l’exploitation parfois éhontée de main-d’œuvre fragilisée par la concurrence sur le marché de l’emploi et aux tentatives de mettre en place des accords internationaux comme TISA qui consacrent la primauté des multinationales sur le service public.

     

     

  • Révolution numérique? Pas sans les enfants et les jeunes!

    Le nouveau rapport « Grandir à l’ère du numérique » de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse (CFEJ), publié cette semaine, se focalise sur les compétences dont les enfants et les jeunes ont besoin pour grandir, se former, travailler et participer à un monde numérisé.

    Le rapport s’articule autour de trois messages centraux. Le premier consiste à rappeler que nous avons à avancer ensemble avec les enfants et les jeunes, mais en aucun cas à leur place. Le second affirme, alors que valoriser l’apprentissage du code et autres, que les compétences sociales, personnelles et créatives sont aussi importantes que les compétences techniques. Voir plus. Le troisième instaure un objectif clair pour la numérisation. Celle-ci doit favoriser l’égalité des chances et ne pas renforcer les fractures et les frontières socioéconomiques, de genre ou socioculturelles.

    Aborder le débat de la numérisation avec les jeunes et les enfants

    Que doit-on apprendre pour avoir toutes ses chances dans le monde du travail de demain ? Quel métier choisir ? Quel est le rôle de l’école et le potentiel des activités extrascolaires ? Comment bien gérer la connexion permanente ? Pour répondre à ces questions, le rapport « Grandir à l’ère du numérique » réunit des analyses d’expert-e-s du monde économique, de la formation, de l’encouragement précoce et des activités extrascolaires. Il présente aussi différents projets du terrain qui donnent la parole aux enfants et aux jeunes et qui montrent comment aborder les défis de la numérisation avec eux. Car le débat sur la numérisation ne peut pas se faire sans eux. Les enfants et les jeunes doivent avoir leur mot à dire et contribuer à façonner le monde numérique

    Des outils pour que la numérisation soit favorable à la nouvelle génération

    Les enfants et les jeunes doivent disposer des outils et des connaissances pour appréhender la numérisation. Cela va du débat sur les smartphones à l’école à la stratégie « Suisse numérique » en passant par les règles relatives au temps consacré aux écrans à la maison et à la prévention de l’addiction ou du cyber-harcèlement. Avec ses recommandations, la CFEJ s’engage ainsi pour que la numérisation soit favorable aux enfants et aux jeunes.

    Valoriser la résolution de problèmes, l’empathie et la créativité

    Une analyse inédite des compétences recherchées par le monde du travail met en relief l’importance de la capacité à résoudre des problèmes et à communiquer, de la créativité ou encore de l’empathie. Pour acquérir ces aptitudes, l’école joue un rôle important, mais ne peut pas tout. Il convient d’exploiter le potentiel des activités extrascolaires et de l’encouragement précoce. Les recommandations de la CFEJ donnent des pistes pour mieux tenir compte de leurs besoins et perspectives.

    Sur mandat de la CFEJ, Sarah Genner, chercheuse en psychologie des médias et experte en numérisation du monde du travail, a analysé et pondéré 26 modèles et listes des compétences ou forces de caractère recherchées au 21e siècle. Les résultats sont présentés dans un modèle qui visualise les compétences les plus fréquemment citées : la communication, la créativité, l’autogestion, la capacité à résoudre des problèmes, l’empathie ou encore la pensée analytique y figurent en bonne place. Et un tableau offre une vue d’ensemble systématisée des compétences et valeurs recherchées. Sarah Genner constate que « Les travailleurs devront pouvoir faire ce dont les machines sont incapables, donc ce qui ne peut pas être numérisé: tout ce qui touche à la créativité, à la résolution de problèmes et aux compétences sociales ».

    L’école joue un rôle de premier ordre, mais les activités extrascolaires doivent être mieux reconnues

    La place plus importante accordée aux technologies de l’information et de la communication dans les plans d’étude est à saluer, mais l’école est face à l’enjeu d’instaurer une culture du numérique permettant d’utiliser les outils numériques de manière transversale. Ceci implique la formation et le perfectionnement du corps enseignant tout comme une infrastructure moderne préservant la santé et garantissant la protection des données.

    Caractérisées par la libre adhésion et la participation, les activités de jeunesse extrascolaires (animation socioculturelle, associations, espaces de quartier,  etc.) offrent un cadre propice au développement de compétences sociales, personnelles et médiatiques. Il est temps de reconnaître et de mieux exploiter ce potentiel en favorisant la formation et en octroyant les ressources nécessaires.

    Conclure en accordant une réelle place aux enfants et aux jeunes.

    Pour conclure, on peut se rendre compte lors des contacts avec les enfants et les jeunes qu’ils sont très conscients à la fois des opportunités et des défis du monde numérique, et qu’ils souhaitent être pleinement intégrés dans les débats et les décisions à ce sujet.

    Aujourd’hui, le débat sur le numérique au sein des instances fédérales se focalise principalement sur les aspects technologiques et économiques, et marginalement sur les aspects liés à la formation ou aux enjeux de société (éthique, transparence, démocratisation du numérique, etc.). Les aspects spécifiques pour les enfants et les jeunes sont très peu présents, voire pas du tout. Aussi bien sous l’angle de leur épanouissement que de leur place future dans la société, accorder une réelle priorité aux enfants et aux jeunes ne peut pas se résumer à en rester à un vœu pieux, c’est totalement légitime et donc incontournable.

    > télécharger le rapport “Grandir à l’ère du numérique” en PDF

    > télécharger les thèses de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse concernant l’impact de la numérisation sur les enfants et les jeunes

  • Du droit au changement de vie (professionnelle)

    Il y a un peu plus d’une année, j’initiais au sein du Parti socialiste genevois un groupe de travail ouvert et foisonnant d’idées, pour réfléchir aux enjeux que pose la numérisation sur l’emploi, et notamment l’enjeu de la reconversion (souhaitée ou contrainte) des personnes dont l’emploi, voire le métier, ne correspondent plus à la réalité du marché du travail et/ou à leurs aspirations personnelles.

    Nourri de discussions passionnées, ce groupe – que ce blog me donne l’occasion de remercier chaleureusement–, a ainsi exploré plusieurs pistes en parallèle pour trouver des réponses adéquates face à ce défi urgent. Ce dernier ne subit pas seulement les effets de plus en plus massifs et rapides de la numérisation, mais plus largement de la globalisation et de la précarisation des conditions de travail (« uberisation »), de la financiarisation de larges pans de l’économie, et de l’instabilité croissante des grandes structures économiques.

    Près de la moitié des emplois actuels menacés

    En ce qui concerne la numérisation, certaines études prévoient la disparition de près de la moitié des emplois actuels en raison de la transformation des métiers et des processus de production et de diffusion. Si ces enjeux ne peuvent être entièrement maîtrisés sur le plan local, il est toutefois essentiel et urgent d’agir sur les leviers dont nous disposons et de faire évoluer le débat. D’une grande initiative programmatique qui aurait eu l’ambition de repenser entièrement le dispositif actuel encadrant l’emploi et la formation, à des projets très ciblés pour les personnes sans formation initiale, en passant par un compte « épargne-formation » à vie ou un contrat garanti de formation.

    Accompagner la diversité des trajectoires de vie

    La démarche s’est concentrée dans un premier temps sur la reconversion professionnelle et a abouti très concrètement au dépôt de trois projets de loi, dont un en particulier est issu du groupe. Il vise à modifier de manière pragmatique le dispositif existant des bourses et prêts d’étude (« Loi sur les Prêts et Bourses d’études » – LBPE), afin de pouvoir obtenir des effets utiles et concrets à brève échéance, s’il était adopté. Celui-ci fonctionne en effet de manière éprouvée depuis de nombreuses années, pour les trajectoires de vie « standards », durant lesquelles on entreprenait des études au début de sa vie adulte pour ensuite commencer un métier et s’y développer jusqu’à la retraite.

    Pourtant, comme le souligne d’ailleurs la Cour des comptes qui a audité le dispositif, les trajectoires de vie sont de moins en moins « standard ». Les aléas divers, familiaux, professionnels ou personnels divers rendent ces trajectoires rectilignes de moins en moins habituelles. Et au-delà, les enjeux de la 4ème Révolution industrielle – numérique -, nous obligent à repenser la formation initiale, la formation continue et la reconversion professionnelle.

    Offrir la possibilité de changer de voie professionnelle

    On doit bien sûr penser à la manière dont sont imposés les profits, et je pense en particulier à la taxe sur les robots évoquée notamment par M. Xavier Oberson, mais aussi le projet de loi socialiste qui visait à taxer spécifiquement les caisses automatiques remplaçant l’humain dans nos supermarchés. Mais on doit aussi et peut-être surtout, donner la possibilité à chacun et chacune de se (re)former professionnellement. La possibilité de changer de voie et de s’épanouir dans une nouvelle profession.

    Le premier projet de loi déposé va dans ce sens et modifie de manière ciblée la LBPE pour l’ouvrir aux personnes de plus de 30 ans, dans les cas justifiés par la conjoncture professionnelle en particulier. Il est pour moi important de pouvoir ainsi se former, entreprendre de nouvelles études, sans attendre d’être au chômage, et ainsi devancer les aléas de la vie.

    Continuer une réflexion large sur l’emploi et la formation

    Ce projet est accompagné de deux autres qui entendent instaurer une allocation cantonale de formation, destinée cette fois aux personnes au chômage. Car là aussi, l’obligation d’être « employable » en tout temps pose de sérieux problèmes à celles et ceux qui n’ont pas les compétences requises, par exemple.

    Au-delà des trois projets de loi déposés et renvoyés jeudi en commission du Grand conseil pour traitement, j’aimerais que le groupe à la base de ceux-ci puisse continuer à vivre sa vie, faire d’autres propositions, s’assurer qu’elles ne s’enlisent pas au fin fond d’une commission, mais se matérialisent en actes concrets, pour la population genevoise !

  • 2019 sera égalitaire ou ne sera pas

    Longtemps considéré comme une zone de non-droit, l’espace numérique est aujourd’hui, sans équivoque, un espace social comme un autre, régit par des lois nationales et internationales. Un espace social comme un autre, au sein duquel s’exprime les mêmes considérations que dans la vie AFK (« away from keyboard »).

    Dès lors, comment pourrions accepter dans l’espace numérique ce que nous condamnons dans l’espace public ou dans la sphère privée ? Comment pourrions-nous accepter, en tant que collectivité publique attentive à la place de chacune et chacun, dans l’espace virtuel une domination machiste et rétrograde ? A titre d’exemple, le récent scandale de la ligue du LOL rappelle à notre mauvais souvenir ce qui peut se produire, en l’absence d’une sensibilisation adéquate sur ces questions, même dans des milieux que l’on pourrait considérer comme raisonnables et respectueux.

    La Ville de Genève s’empare de l’enjeu

    Pour autant, il ne s’agit pas là d’une mince affaire. J’estime que le rôle d’une collectivité publique de proximité comme celle de la Ville de Genève est de porter des réflexions concernant ces questions sur la place publique et de contribuer à ce que les habitant-e-s de la municipalité puissent évoluer en toute confiance dans cet espace, en combinat sensibilisation et prévention.

    Cet enjeu de société, c’est justement l’objet de la Semaine de l’égalité qui a débuté vendredi 1er mars. Cette semaine est organisée depuis plusieurs années conjointement entre le Service Agenda 21 au Département des finances et du logement de la  Ville de Genève, sous l’égide de ma collègue Sandrine Salerno, et des Bibliothèques municipales dans le Département de la culture et du sport que je dirige. Chaque édition aborde une question particulière touchant à la thématique de l’égalité entre femmes et hommes, complétée par une bibliographie très complète. Je vous invite à consulter le programme de l’édition 2019 qui met en valeur, notamment, le précieux travail de nos bibliothécaires.

    L’égalité tous les jours

    Il est vrai que les journées mondiales font foison dans le calendrier et il ne s’agit pas de nous réveiller une fois l’an pour nous donner bonne conscience. En ce sens, je me félicite que le Conseil municipal de la Ville de Genève ait voté tout récemment le crédit de 193’000 francs voulu par ma collègue Sandrine Salerno pour déployer la première tranche du plan d’action contre le sexisme et le harcèlement de rue. Il est nécessaire d’avoir les moyens de lutter contre les discriminations et de sensibiliser à l’égalité sur le long cours. Comme la Vice-présidente du Conseil administratif l’a rappelé en plénière « il s’agit d’un enjeu sociétal fondamental pour les Genevoises et les Genevois». Un message collectif fort à quelques jours du 8 mars. Par ailleurs, la Ville sera certainement aux premières loges pour appuyer la Grève des femmes prévue le 14 juin 2019, pour rappeler que depuis la première grève des femmes le 14 juin 1991 la nécessité d’un engagement fort et partagé contre les inégalités et les discriminations reste entière.

    Inscrire la culture et le sport comme vecteurs de diversité et d’inclusion

    Dans les dossiers que je porte en tant que magistrat en charge de la culture et du sport de la Ville de Genève, je me suis toujours fait un point d’honneur de développer des politiques inclusives et durables. Dès 2014 j’ai engagé avec mon département une réflexion sur les stéréotypes et discrimination de genre dans le domaine du sport et des loisirs sportifs. Puis, ensemble avec mes collègues Esther Alder et Sandrine Salerno, nous avons initié programme Genre et Sport, dans le cadre duquel nous avons conduit une enquête sur les pratiques sportives des femmes à Genève. En sont ressorties 10 recommandations et 5 axes d’actions prioritaires.

    Dans le domaine culturel, j’ai tenu à ce que nous saisissions le renouvellement des conventions pour préciser ce que nous attentions en tant que collectivité publique des projets artistiques que nous soutenons. Aujourd’hui, toute personne, association, organisation conventionnée se doit d’être « attentive à une représentation équilibrée des femmes et des hommes dans la programmation ».

    Afin de prolonger cette volonté, un partenariat est également en cours avec l’Agenda 21 et deux associations pour établir un état des lieux de cette question au sein des théâtres subventionnés dans le périmètre du Canton de Genève et produire des recommandations.

    2019 : année des égalités !

    L’année 2019 sera une année chargée pour les questions d’égalité. Au mois de juin, c’est donc  la grève des femmes qui aura lieu.  Cet été, Genève accueillera également la Pride romande en prélude au mariage pour tous qui pourrait être voté aux chambres début 2020. Deux occasions de réitérer notre engagement pour un monde plus juste, et qui ne laisse personne sur le bord du chemin à cause de son sexe ou de son genre.

    L’inclusion ne devrait plus être sujette à débat. Si en politique, il y a des thématiques qui se discutent quant aux externalités positives ou négatives qu’elles provoquent, la question de l’égalité devrait pour sa part fédérer l’entier des partis et être un des ciments de notre démocratie. 2019 sera égalitaire ou ne sera pas.

  • Genève porte l’idéal commun des droits humains

    Il y a 70 ans, la Déclaration universelle des droits de l’homme était acceptée par l’Assemblée générale des Nations unies. Une déclaration que nous devons plus que jamais rappeler, alors que les populismes et le relativisme semblent s’imposer avec l’avènement de la « post-vérité ». 70 ans après la reconnaissance de cette déclaration, je souhaite également rappeler l’importance pour Genève, de son engagement réciproque vis-à-vis de la Genève internationale et des droits humains.

    [youtube https://www.youtube.com/watch?v=BERR-o8QEeQ?feature=youtu]

    Ce 10 décembre, nous célébrons les 70 ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme, dont une grande partie de la préparation a été menée par Eleanor Roosevelt dans notre ville.Notre cité a par la suite accueilli la Commission des droits de l’homme  de 1946 à 2006 puis, dès cette date, le Conseil des droits de l’homme.

    Genève, terre de rencontre et d’échanges
    Et il ne s’agit ici que des agences onusiennes actives directement sur ces questions. Or les droits humains dépendent de bon nombre d’autres champs du politique comme la santé, l’environnement ou encore l’éducation. Autant de sujets pour lesquels les arbitrages se font également à Genève. Sans oublier l’inestimables travail des ONG qui œuvrent elles aussi pour le respect des droits inaliénables de tous et toutes et qui pilotent leurs opérations depuis le bout du Léman.
    Mais, et il est utile de le rappeler, si Genève cultive une longue et fructueuse tradition d’accueil d’organisations internationales, la concurrence des villes au statut international est aujourd’hui bien réelle. Nairobi, Vienne, Cologne, Copenhague – pour ne cite qu’elles – sont prêtes à accueillir et accueillent déjà, bon nombre d’organisations émanant ou gravitant autour des Nations unies.

    Faire exister Genève
    C’est pour défendre l’histoire et la position de  notre ville sur le plan internatioanle et parce que je crois fermement à l’idéal de la discussion multilatérale plutôt que de la force, que je me suis fixé comme objectif de soutenir la place de Genève au niveau international. Cela passe par les conditions d’accueil des organisations internationales et ONG, mais aussi par un positionnement cohérent dans le tissu des réseaux de villes. Je le crois fermement, le rôle des villes est d’une importance cruciale. Les municipalités représente la structure institutionnelle la plus près des administré-e-s, la plus près des préoccupations des habitantes et des habitants des territoires. J’avais rappelé au début de ma mairie la citation du politologue Benjamin Barber : «Si les maires gouvernaient le monde, le monde irait mieux ». Elle rappelle le fait que les ville ont un lien concret avec les problématiques quotidiennes de la population, mais aussi une forme de pragmatisme «de terrain» souvent plus efficace pour trouver des solutions concrètes que ce que peuvent faire les états-nations. Or, si positionner Genève sur la scène internationale lorsqu’il s’agit de droits humains est un acte nécessaire, il doit cependant être complété par leur promotion au sein même de notre cité.

    Des actions concrètes pour se démarquer
    Une des actions proposées a été l’organisation par mes services du premier Relais de l’Escalade. Proposé durant la Course de l’Escalade, ce Relais a rassemblé plus d’une centaine de participant-e-s de tous horizons qui ont choisi de courir pour cet idéal commun, celui des droits humains. Faire exister la Genève internationale dans l’événement sportif le plus populaire dans le calendrier n’était pas forcément évident. Mais je crois pouvoir dire que l’opération a été réussie.

    Genève, refuge des droits humains
    Une des forces que nous avons également pour nous affirmer comme ville internationale est celle de l’accueil. Car la Ville de Genève a formalisé une politique de la diversité ambitieuse qui considère chacun et chacune avec ses identités, ses origines et ses préférences. Nous avons également œuvré pour que les requérants mineurs non-accompagnés puissent bénéficier d’un accompagnement adéquat. Le sport et la culture y ont participé car ils représentent des opportunités fantastiques pour s’intégrer et mieux se comprendre.

    C’est pour toutes ces raisons que j’ai proposé au Conseil municipal de marquer symboliquement ces célébrations. Lors de sa séance du 4 décembre, le délibératif a voté, à l’unanimité, un texte qui réaffirme symboliquement notre engagement pour les valeurs défendues par la déclaration. Le 5 décembre, nous avons accueilli Mme Michelle Bachelet, Haut-Commissaire aux droits de l’Homme. Un événement quasi historique puisque, de mémoire, aucun ex-chef d’Etat n’a été reçu lors dune plénière de notre Conseil municipal. Ce moment, très chargé en émotion, a été l’occasion de souhaiter très sincèrement la bienvenue à l’ancienne présidente du Chili – et première présidente d’Amérique du Sud élue au suffrage universel. Une femme au parcours extraordinaire qui sait mieux que personne ce que signifient les droits humains, pour avoir vécu très concrètement leurs violations en tant que détenue politique pendant la dictature militaire d’Augusto Pinochet.

    Ce moment symbolique nous a permis de dire à la Genève internationale que notre Ville apportera toujours son soutien à toutes les actions qui pourront contribuer à réveiller les consciences afin de parvenir enfin à une société plus respectueuse des droits et des libertés de chacune et de chacun. C’est un des axes de mon action au service de Genève. Faire exister nos atouts sur la scène internationales afin qu’ils puissent servir un monde que nous souhaitons meilleur.

Sami Kanaan est Maire de Genève 2014-2015, 2018-2019 et 2020-2021, Conseiller administratif en charge du Département de la culture et du sport, puis de la culture et du numérique, Président de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse, Vice-président de l’Union des villes suisses et Président de l’Union des villes genevoises.

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